Réflexions et observations sur la technologie, les affaires et le changement.
Le comité
Une hypothèse sur la popularité des comités en entreprise : le comité réparti la charge décisionnelle sur un maximum d’individus et limite la responsabilité de chacun face à l’échec, mais permet tout de même de prendre plein crédit pour un succès.
Réponse classique pour un échec, une décision douteuse ou l’aseptisation d’une idée : « Le comité en a décidé ainsi. Je n’étais pas nécessairement d’accord, mais c’est la décision du comité ». C’est effectivement difficile ensuite de blâmer un comité, il n’est que la somme d’un groupe d’individus qu’on ne peut blâmer individuellement pour une décision collective.
Pour un succès par contre, il devient facile de s’associer personnellement au succès qu’a eu le comité avec une certaine décision, un certain projet.
Le problème fondamental est que le comité doit représenter équitablement plusieurs groupes de gens qu’il est impossible de satisfaire dans des proportions égales. Une décision novatrice et originale implique toujours un déséquilibre et le comité a justement comme but d’éviter ce genre de déséquilibre : plusieurs partis sont autour d’une table pour que chacun soit représenté équitablement.
C’est probablement lorsqu’on tranche sur une question qui divise qu’il devient possible d’innover et de créer quelque chose de nouveau et de potentiellement génial. Mais c’est difficile, un comité semble effectivement plus sécurisant.
Le web est une perte de temps
Le web est une perte de temps, autant qu’on en fait une perte de temps.
Au même titre que le temps investi dans une mauvaise publicité est une perte de temps.
Chercher le mauvais profil de candidat au mauvais endroit est une perte de temps.
Lire ses courriels à l’instant et au même rythme où il arrive est une perte de temps.
Les trois réunions de cette semaine dans lesquelles seulement 20% des participants auraient été requis sont une perte de temps.
La réconciliation des 12 révisions différentes de la feuille Excel du budget de la prochaine année sur laquelle trois personnes différentes ont travaillé est une perte de temps.
Le client trop exigeant et qui ne paie pas assez est une perte de temps.
Appeler des clients potentiels et les courtiser est probablement une perte de temps dans la plupart des cas.
Indice : le web permet d’alléger ces processus. Et si la perte de temps devenait un gain puisque comprise et contrôlée intelligemment? Et si on voyait le web comme un environnement numérique plutôt que son simple site Internet d’entreprise?
Quelle est la prochaine étape?
L’approche classique devant un projet est de le diviser en étapes, en tâches et en livrables bien définis. À l’avance. Plusieurs semaines, voir plusieurs mois à l’avance.
On attribue cette responsabilité à un gestionnaire de projet: une personne à qui on donne le rôle de juxtaposer les étapes du projet dans un tout cohérent en fonction des ressources disponibles, tout en minimisant les risques et les incertitudes.
On s’attend de cette personne qu’elle soit en contrôle et à tout moment, soit en mesure de connaitre « la prochaine étape ». Autrement, c’est un problème de gestion ou même de leadership.
Et si on reconnaissait qu’à tout moment donné, il est possible de ne pas savoir la prochaine étape?
Et si on admettait que la « prochaine étape » planifiée au départ n’est plus d’actualité une fois rendue à mi-projet plutôt que défendre son plan initial?
Et si on reconnaissait qu’il est de plus en plus difficile pour un projet technologique de connaitre à l’avance la meilleure série d’étapes pour en arriver au meilleur produit?
On changerait probablement la façon de voir les choses et le défi ne deviendrait plus de connaître la meilleure série d’étapes à l’avance, mais deviendrait plutôt de trouver le chemin le plus court vers la prochaine étape la plus logique, et ce, pour en arriver au meilleur résultat final.
On changerait aussi considérablement le rôle du chargé de projet, qui aurait la responsabilité de mettre en place une culture d’essais-erreurs et de rétroaction rapide, plutôt que de tout couler dans le béton.
Un peu chaotique? Surement. Pas pour tous les types de projets? Probablement. Pas pour toutes les équipes? J’imagine.
Ce qu’il faut savoir, aujourd’hui.
Chaque matin, je reçois l’infolettre « 10 Things in tech you need to know » de Business Insider. Le principe est simple : quelqu’un est responsable de filtrer les nouvelles de la veille et présente dans une infolettre les 10 nouvelles les plus importantes, ce qu’il ne faut pas manquer bref.
Ça me sauve un temps fou, m’évite de suivre une foule de blogues technologiques rapportant plus ou moins les mêmes nouvelles et cela fait maintenant partie d’une certaine routine matinale. C’est un outil de productivité.
Ce à quoi cela m’amène à réfléchir est : pourquoi ne pas introduire une routine similaire à l’intérieur de l’entreprise? « 10 choses à savoir ce matin » ou encore « 10 choses à savoir cette semaine ». Un mélange de veille stratégique et de nouvelles importantes concernant l’entreprise ou ses compétiteurs. Cela peut être fait au niveau de l’entreprise dans son ensemble ou encore par département, tout dépendant de la taille de cette celle-ci.
Ainsi, moins de « Ah, je n’étais pas au courant!».
Les points importants pour que cela soit utile :
- Maximum 10 points, sinon c’est trop d’information;
- Une ligne par nouvelle avec un lien vers plus d’information si nécessaire. 10 paragraphes n’obtiendraient pas le même taux de lecture;
- Pas de termes corporatifs endormants : aller directement au but;
- L’information relayée doit être liée au travail des personnes qui la reçoive, considérer plusieurs listes pour plusieurs départements;
- Assurer une pérennité en stockant les envois dans un point central : l’Intranet de l’entreprise par exemple.
Un p’tit tour au gym
J’ai souvent comparé le web et le temps nécessaire à investir pour une présence efficace à un gym: l’inscription au mois de janvier après s’être bien gavé pendant le temps des fêtes c’est la partie facile. Lever les poids et courir, trois fois semaines, c’est la partie difficile. Et nul besoin d’expliquer que le gain est dans la deuxième partie.
On peut pousser la réflexion un peu plus loin…
Il se trouve qu’il y a principalement 4 craintes pour un nouveau membre lorsqu’il se présente à un gym:
- La peur d’avoir l’air ridicule de par sa non-connaissance de l’équipement et de comment l’opérer.
- La peur d’avoir l’air incompétent par rapport aux membres expérimentés.
- La peur de se sentir isolé dans un endroit qui, pour les gens de l’externe, semble plus social qu’il ne l’est en réalité.
- La peur liée à son aspect physique et d’être jugé, du à l’image qu’on se fait des gens habituellement sveltes qui fréquentent les gyms.
Ces quatre points se transposent directement pour l’adoption du web :
- Le mur technologique et la croyance qu’on n’est « pas habile avec la technologie ».
- La crainte de ne pas être à la hauteur de ce qui se fait déjà, la croyance que tout a déjà été fait.
- La crainte de se sentir isolé par rapport aux « cliques » en place ou par rapport aux influenceurs déjà… bien influents.
- La peur d’être jugé de par ce qu’on met en ligne, nos premières interventions, nos erreurs, ce que les autres en penseront, etc.
Il ne faut donc pas plus de temps pour se lancer (excuse classique), mais plutôt un brin d’accompagnement et surtout, savoir se lancer un peu dans le vide.
Web, outils marketing et révolution de l’information
Le web est vu par plusieurs comme une série d’outils de marketing… une série d’outils de communication.
En réalité, ce que le web a amené, c’est une culture basée autour de l’information et principalement autour de trois grands piliers:
- La distribution de l’information
- La consommation de l’information
- L’interprétation et le filtrage de cette information
On peut effectivement continuer à voir Internet comme un vecteur marketing puissant, mais ce serait se concentrer sur un seul aspect: un aspect qui ne garantirait pas une compétitivité de nos entreprises sur le plan mondial.
Ceux qui sauront se démarquer dans une culture d’information sont ceux qui sauront mieux la distribuer, la consommer, l’interpréter et la filtrer dans un contexte d’affaires. Et ça, oui c’est plus complexe que de créer une page Facebook.
Cela est particulièrement important dans un contexte de récupération de temps, le manque de temps étant probablement le plus grand frein à l’adoption du web. Comment l’entreprise peut-elle profiter des différentes technologies en place pour mieux distribuer, trouver, consommer, interpréter et filtrer l’information et ainsi être plus efficace… que ce soit à l’interne ou via le web dans son ensemble?
Répondre à ces questions est essentiel… Mais un défi en-soi.
L’acte de bloguer
L’utilisation du blogue dans un contexte d’affaires est un sujet délicat. Effectivement, l’argumentaire d’obtenir une visibilité intéressante et gratuite de par son blog n’est perceptible qu’à long terme et dans un monde dans lequel de plus en plus de blog d’entreprise émergent, il devient plus difficile de sortir du lot.
En fait, l’acte de bloguer n’a pas nécessairement le même potentiel marketing pour tous. Là ou le vrai bénéfice se trouve par contre, c’est dans…
- l’humilité que cela prend pour mettre en ligne du contenu qui naturellement ne l’aurait pas été, de par sa saveur moins corporative
- la collaboration souvent nécessaire entre plusieurs personnes au sein de l’entreprise
- La réflexion créative qui doit être mise de l’avant afin de se renouveler constamment
- le fait de devoir résumer sa pensée, contrairement aux documents habituellement rédigés en entreprise
- un tremplin important vers une meilleur compréhension de ce qui fonctionne et fonctionne moins sur le web
- l’implication de l’équipe dans une tâche ayant des répercussions en dehors de l’entreprise
Toutes des choses qui seront bénéfiques pour l’entreprise à l’interne, et ce, à court terme.
Le bénéfice du blog n’est donc pas dans sa finalité habituellement prônée, mais plutôt dans le processus lui-même.
Il est temps d’arrêter d’évangéliser
Cela fait déjà plusieurs années qu’on évangélise le web et les nouvelles technologies et l’impact de leur utilisation à des fins d’affaires. Une chose intéressante de l’évangélisation, c’est qu’elle entraine l’évangélisation à répétition.
Évangéliser, présenter des plateformes émergentes ou des applications du web à la mode, ça ne sort personne du vide technologique, cela les plonge dans un vide encore plus grand dans lequel il est impossible de démarrer quelconque action concrète. Le cycle est ensuite infini.
Enseigner, c’est de donner des repères dans ce vide technologique. Des repères qui n’ont pas besoin de ré-évangélisation pour perdurer, des repères qui permettent d’entamer des choses, des repères qui permettent de comprendre les nouveautés et d’établir des plans d’action.
Il est temps d’arrêter d’évangéliser.
L’opportunité du changement
Une opportunité se présente de façon évidente en entreprise et cette dernière provient d’une observation de plus en plus flagrante:
Le tournant web en entreprise, celui qui fait en sorte que l’organisation fait passer le web de simple outil marketing ou de simple vitrine publicitaire à une plateforme intégrée au centre des pratiques d’affaires, semble rarement venir du sommet de la hiérarchie.
Il semble plutôt provenir de gens, parfois et souvent n’étant pas en marketing, mais pour lesquels l’opportunité est évidente ou pour lesquels le web au centre des pratiques d’affaires de l’entreprise faciliterait grandement leur travail.
Comment poussent-ils le web au sommet de la hiérarchie? Par des microprojets, des projets pilotes. En effet, la valeur du web se prouve par l’initiative et la démonstration, l’argumentation n’a que très peu de poids.
L’opportunité est pour ces agents de changement et consiste à prendre librement l’initiative d’intégrer graduellement le web à l’entreprise, par des microprojets et en débloquant de petits budgets au besoin. Ensuite, c’est une question de temps.
Entreprise organique ou comment ne pas perdre l’équilibre
Le concept d’entreprise organique en est un qui me fascine beaucoup. Un concept qui s’insère très mal dans le contexte de l’entreprise moyenne actuelle puisqu’il challenge beaucoup de concepts sur lesquels elles sont construites : hiérarchie, structure décisionnelle lourde, silos d’information, travail de bureau machinal, etc.
Le concept demeure un peu flou par contre j’en conviens, alors imaginons la scène suivante : une journée d’hiver vous sortez dehors et glissez sur une plaque de glace.
Pendant un bref instant où il y déséquilibre, de façon presque irréelle, le corps est en mesure de réagir: d’envoyer au cerveau un flux d’information sur la situation et ce dernier peut coordonner un envoi d’influx nerveux aux muscles pour stabiliser la situation. Le tout en une fraction de seconde.
Le corps ne peut se permettre un processus décisionnel lourd dans de telles situations, sinon il est vrai que ce processus deviendrait douloureux. La nature a fait en sorte que dans un monde rempli d’embûches et de dangers, le corps est en mesure de réagir rapidement.
En entreprise, terminé le temps où la compétition était absente, elle est mondiale et partout quelqu’un peut offrir le même produit ou service à la moitié du prix. Terminé le temps où une publicité à la télévision était garante d’une augmentation des ventes. Terminé le temps où l’expérience négative d’achat d’un consommateur ne pouvait rejoindre que 5 ou 10 personnes, cette expérience a maintenant une portée potentiellement mondiale. Terminé le temps ou…etc.
L’entreprise organique c’est ça. Dans un monde dans lequel il est de plus en plus difficile et impossible de prendre des choses pour acquises (prenons l’exemple d’une récente élection…), l’entreprise a besoin d’alléger son processus décisionnel, de donner une marge de manoeuvre plus grande aux divers intervenants, d’automatiser ce qui peut l’être pour diminuer le temps de réaction, de mettre l’emphase sur les emplois créatifs plutôt que les machinaux, de se doter d’un système nerveux (gestion des idées, des connaissances, de l’innovation, etc.) pouvant collecter le plus d’information possible de façon intelligente afin de prendre des décisions éclairées, etc.
Tout est une question d’équilibre. C’est naturel.
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