Sur l’entreprenariat

On parle beaucoup d’entrepreneuriat récemment. Le Québec a le mal de l’entrepreneur, il en manque pour assurer le développement économique de la province.

Portail par ici, campagne de sensibilisation par là, conférences et forums sur l’entrepreneuriat : Il faut sensibiliser… donner le goût!

Ceci étant dit, j’ai rarement entendu dans une classe, que ce soit au primaire, au secondaire ou à l’université : je veux être entrepreneur. Non, puisqu’on devient entrepreneur par hasard pour la plupart. Ce qu’on entend c’est plutôt : je veux changer ceci ou cela, je veux faire une différence, je veux essayer.

Et ça, ce n’est pas toujours bien vu ou bien perçu, le goût de réussir. On assume un échec avant même de croire qu’un projet pourrait réussir.

Le Québec n’a pas le mal de l’entrepreneur, il est simplement devenu cynique. Il est devenu cynique face aux projets d’envergure et face aux projets risqués ayant ne serait-ce qu’une toute petite chance de changer les choses : « Make a dent in the universe » comme dirait Steve Jobs.

L’entreprenariat n’est pas une fin en soi, c’est ce qui découle d’une société à qui on donne le droit de rêver et d’espérer changer les choses. C’est le résultat, la récompense d’une société pour avoir fait un bon boulot.

Ce que nos entreprises ont besoin

En cette ère de changement perpétuel, d’incertitude et d’évolutions technologies continues, ce que nos entreprises (et gouvernements!) ont besoin plus que tout, ce sont des gens en mesure de pointer le nord. Des gens ayant une opinion.

Pas nécessairement des personnes ayant toujours raison ou se dirigeant à coup sûr au bon endroit, mais des gens en mouvement. Avec une direction.

Le plus gros problème actuel de bien des entreprises à l’ère du numérique, c’est qu’elles font du sur place. Certaines se lancent, trop vite j’en conviens, mais au moins se lancent. À faire du sur place, on prend racine et le coup du changement devient beaucoup plus grand, voire impossible.

Avoir une direction et une vision claire semble le plus gros problème de bien des entreprises et de bien des départements. Comités et réunions abondantes deviennent ainsi la norme et tous évoluent dans l’incertitude… dans l’incertitude de celui ou celle qui devrait pointer le nord.

La beauté de la chose avec quelqu’un qui donne une direction, c’est que nous sommes libres ou non de le suivre. On choisit son camp. On peu gagner ou échouer, mais nous en prenons pleine responsabilité.

L’incertitude elle, et la réunionite aigüe venant avec, laisse tout le monde avec un sentiment mixte entre le confort et l’inconfort. Le confort de ne pas avoir à prendre pleine responsabilité, mais l’inconfort de ne pas savoir ou aller, de ne pas avoir la chance de faire une différence.

Au risque de se tromper, d’innover, de frustrer ou de motiver des gens, montrons le nord… Même si c’est en fait le sud. Quelqu’un a un jour découvert l’Amérique en visant les Indes.

Pointer du doigt

Une suggestion.

Plutôt que de pointer du doigt les entreprises qui ne comprennent rien au web et de leur rappeler douloureusement qu’elles ne comprennent rien, simplement les éduquer.

Si elles ne comprennent toujours rien, il y a deux possibilités:

  1. Mauvais transfert de connaissance (notre faute)
  2. Elles ne sont pas prêtes (et le seront peut-être jamais)

Ensuite, passer à un autre appel.

À noter que cette suggestion s’applique à l’interne dans une organisation aussi : vos employés, vos collègues, votre patron.

Le site web incompris et une leçon de courriel

Dans l’excellent livre Anything You Want de Derek Sivers, fondateur de CD Baby, il amène une leçon extrêmement intéressante par rapport à la rédaction pour le Web.

À un certain point, son entreprise avait 2 millions de clients, 2 millions de personnes à qui il devait parfois faire un envoi de courriel de masse.

Si une seule phrase dans le courriel se devait d’être moindrement ambiguë, cela voulait dire 20 000 courriels en retour de clients un peu confus à qui il fallait répondre. 20 000 courriels à répondre, ce qui pour l’équipe se traduisait en plusieurs milliers de dollars de coûts à chaque envoi.

Une phrase ambiguë? 5 000$. C’est douloureux.

La leçon? Ce qu’on croit clair l’est rarement pour tous et bien que le courriel nous permette une rétroaction rapide, c’est une tout autre histoire pour un site web.

Lorsqu’on met en ligne un site web, la majeure partie d’entre nous n’a pas cette rétroaction. Beaucoup de temps et d’argent sont mis dans la rédaction et le design afin d’avoir une identité unique et un concept qui sort de l’ordinaire… Et si c’était mal compris?

Ce qu’on obtient, c’est beaucoup de visites, mais un silence absolu. Aucune rétroaction.

Le truc : envoyer les textes importants par courriel à quelques personnes. Si ce n’est pas clair dans un courriel et s’il y a des phrases inutiles, cela transparaitra clairement. Si ce n’est pas clair dans un courriel, ça ne le sera pas plus une fois en ligne. En fait, ce sera pire.

Ce qu’il faut savoir, aujourd’hui.

Chaque matin, je reçois l’infolettre « 10 Things in tech you need to know » de Business Insider. Le principe est simple : quelqu’un est responsable de filtrer les nouvelles de la veille et présente dans une infolettre les 10 nouvelles les plus importantes, ce qu’il ne faut pas manquer bref.

Ça me sauve un temps fou, m’évite de suivre une foule de blogues technologiques rapportant plus ou moins les mêmes nouvelles et cela fait maintenant partie d’une certaine routine matinale. C’est un outil de productivité.

Ce à quoi cela m’amène à réfléchir est : pourquoi ne pas introduire une routine similaire à l’intérieur de l’entreprise? « 10 choses à savoir ce matin  » ou encore « 10 choses à savoir cette semaine ». Un mélange de veille stratégique et de nouvelles importantes concernant l’entreprise ou ses compétiteurs. Cela peut être fait au niveau de l’entreprise dans son ensemble ou encore par département, tout dépendant de la taille de cette celle-ci.

Ainsi, moins de « Ah, je n’étais pas au courant!».

Les points importants pour que cela soit utile :

  • Maximum 10 points, sinon c’est trop d’information;
  • Une ligne par nouvelle avec un lien vers plus d’information si nécessaire. 10 paragraphes n’obtiendraient pas le même taux de lecture;
  • Pas de termes corporatifs endormants : aller directement au but;
  • L’information relayée doit être liée au travail des personnes qui la reçoive, considérer plusieurs listes pour plusieurs départements;
  • Assurer une pérennité en stockant les envois dans un point central : l’Intranet de l’entreprise par exemple.

Une cause, une vision.

Pourquoi des millions d’individus créent du contenu tout à fait gratuitement? Pourquoi certains lancent de nouveaux logiciels et de nouveaux services tout à fait gratuitement? Pourquoi participent-ils? Pourquoi veulent-ils contribuer sans but précis face à ce qu’ils en retireront?

La réponse est complexe et il n’existe pas d’explication unique. Par contre, chose certaine, en tant qu’humain, nous désirons tous participer à une cause : quelque chose de noble qui fera une différence, quelque chose pour quoi l’argent n’est pas un facteur de motivation. Le simple désir d’accomplir quelque chose de grand est source de motivation. Les gens dédiés à une cause se battent.

Le web et la technologie n’ont pas amené ce besoin d’accomplissement et ce besoin d’appartenir à une cause, ils ont simplement rendu plus accessible la possibilité d’agir en temps qu’acteur de son environnement plutôt que simple spectateur.

Appliqué au monde corporatif, les entreprises montrant du succès sur le web sont bien sûr celles qui oui, offrent un service et des prix concurrentiels, mais qui avant tout véhiculent une idéologie particulière auprès de laquelle les gens (clients et employés) veulent et peuvent se rattacher.

Cette idéologie ensuite justifie l’utilisation de canaux et d’outils différents, puisqu’il faut rassembler les gens autour d’une philosophie et d’une vision commune. Facebook, blogues et autres ne sont pas des outils de développement des affaires. Par contre, les mêmes outils couplés à une idée, à une vision et à une volonté de voir et faire les choses différemment, c’est autre chose et c’est unique.

Pour quoi votre entreprise se bat-elle? Quelle différence cherche-t-elle à faire? Quelle est votre cause? Dans un univers Web basé sur la collaboration et la communication, répondre à ces questions est essentiel.

Un p’tit tour au gym

J’ai souvent comparé le web et le temps nécessaire à investir pour une présence efficace à un gym: l’inscription au mois de janvier après s’être bien gavé pendant le temps des fêtes c’est la partie facile. Lever les poids et courir, trois fois semaines, c’est la partie difficile. Et nul besoin d’expliquer que le gain est dans la deuxième partie.

On peut pousser la réflexion un peu plus loin…

Il se trouve qu’il y a principalement 4 craintes pour un nouveau membre lorsqu’il se présente à un gym:

  1. La peur d’avoir l’air ridicule de par sa non-connaissance de l’équipement et de comment l’opérer.
  2. La peur d’avoir l’air incompétent par rapport aux membres expérimentés.
  3. La peur de se sentir isolé dans un endroit qui, pour les gens de l’externe, semble plus social qu’il ne l’est en réalité.
  4. La peur liée à son aspect physique et d’être jugé, du à l’image qu’on se fait des gens habituellement sveltes qui fréquentent les gyms.

Ces quatre points se transposent directement pour l’adoption du web :

  1. Le mur technologique et la croyance qu’on n’est « pas habile avec la technologie ».
  2. La crainte de ne pas être à la hauteur de ce qui se fait déjà, la croyance que tout a déjà été fait.
  3. La crainte de se sentir isolé par rapport aux « cliques » en place ou par rapport aux influenceurs déjà… bien influents.
  4. La peur d’être jugé de par ce qu’on met en ligne, nos premières interventions, nos erreurs, ce que les autres en penseront, etc.

Il ne faut donc pas plus de temps pour se lancer (excuse classique), mais plutôt un brin d’accompagnement et surtout, savoir se lancer un peu dans le vide.

L’importance de démarrer

Peu de personnes savent que Groupon a été démarré à partir d’un projet existant : The Point.

En effet, The Point était (et est encore…) un site à partir duquel les gens peuvent regrouper d’autres personnes autour d’un projet ou d’une action pour laquelle le levier est beaucoup plus intéressant en groupe que de façon individuelle (levée de fonds par exemple). Les gens s’engagent dans une cause ou une action, mais un peu à la Groupon, le tout est déclenché seulement lorsque le nombre de personnes engagé est suffisant.

Groupon est donc un dérivé du concept initial de mobiliser les gens autour d’actions de groupe. Le projet aurait-il été possible sans cette première étape? Peut-être que oui, mais un premier projet a permis de tester ce qui fonctionnait bien ou moins bien dans une dynamique de groupe sur le web. Non seulement ça, mais le premier projet a aussi permis de bâtir une audience sur laquelle il était ensuite possible de s’appuyer, étape critique dans le lancement d’une nouvelle idée.

L’essentiel est donc de démarrer.

Démarrer nous donne le droit d’échouer et l’opportunité de réussir, mais surtout, permet aux idées de progresser tout en rassemblant les gens autour de ces dernières.

L’initiative est gratuite

Nous avons vu émerger au courant des années 2000 un nouveau concept auquel plus ou moins personne n’était préparé : la gratuité de l’initiative du à la démocratisation de l’information.

Pendant des décennies, l’accès à un canal de communication de masse était un luxe. L’accès à du matériel technologique spécialisé était la propriété des meilleures écoles et des meilleures entreprises. L’accès à la réalisation de projets d’envergure nécessitait de l’argent, de connaître les bonnes personnes, l’accès à des canaux de communication et de distribution puissants, ainsi que du matériel spécialisé.

Somme toute, un système puissant issu de la révolution industrielle était mis en place afin de freiner la prise d’initiatives : on s’assurait ainsi que tout changement proviendrait du sommet de la hiérarchie, changement qui serait ensuite exécuté par le bas de la hiérarchie.

Tout ce qui était autrefois un frein à l’initiative, comme l’accès à un canal de communication et de distribution de masse, ainsi que des technologies avancées est maintenant démocratisé. Plus beaucoup de choses n’empêchent une personne avec une bonne idée de l’essayer, à temps perdu. De l’essayer et de prendre la chance que cela fonctionne. De l’essayer et de rassembler les gens autour d’une même idée. De l’essayer et d’être le leader d’un projet, d’une idée et d’un groupe de gens. De l’essayer et de réussir.

Est-il logique qu’on puisse avoir accès à ce niveau d’initiative seulement en dehors du travail? Seulement en dehors du système scolaire? Probablement pas.

Alors la question est : comment l’entreprise et l’école moderne peuvent-elles profiter de la gratuité de l’initiative à titre de tremplin pour l’innovation, la libre circulation des idées, la rétention et le recrutement de personnel, la motivation, la collaboration et l’émergence de nouveaux leaders?

L’acte de bloguer

L’utilisation du blogue dans un contexte d’affaires est un sujet délicat. Effectivement, l’argumentaire d’obtenir une visibilité intéressante et gratuite de par son blog n’est perceptible qu’à long terme et dans un monde dans lequel de plus en plus de blog d’entreprise émergent, il devient plus difficile de sortir du lot.

En fait, l’acte de bloguer n’a pas nécessairement le même potentiel marketing pour tous. Là ou le vrai bénéfice se trouve par contre, c’est dans…

  • l’humilité que cela prend pour mettre en ligne du contenu qui naturellement ne l’aurait pas été, de par sa saveur moins corporative
  • la collaboration souvent nécessaire entre plusieurs personnes au sein de l’entreprise
  • La réflexion créative qui doit être mise de l’avant afin de se renouveler constamment
  • le fait de devoir résumer sa pensée, contrairement aux documents habituellement rédigés en entreprise
  • un tremplin important vers une meilleur compréhension de ce qui fonctionne et fonctionne moins sur le web
  • l’implication de l’équipe dans une tâche ayant des répercussions en dehors de l’entreprise

Toutes des choses qui seront bénéfiques pour l’entreprise à l’interne, et ce, à court terme.

Le bénéfice du blog n’est donc pas dans sa finalité habituellement prônée, mais plutôt dans le processus lui-même.

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