Réflexions et observations sur la technologie, les affaires et le changement.
Une cause, une vision.
Pourquoi des millions d’individus créent du contenu tout à fait gratuitement? Pourquoi certains lancent de nouveaux logiciels et de nouveaux services tout à fait gratuitement? Pourquoi participent-ils? Pourquoi veulent-ils contribuer sans but précis face à ce qu’ils en retireront?
La réponse est complexe et il n’existe pas d’explication unique. Par contre, chose certaine, en tant qu’humain, nous désirons tous participer à une cause : quelque chose de noble qui fera une différence, quelque chose pour quoi l’argent n’est pas un facteur de motivation. Le simple désir d’accomplir quelque chose de grand est source de motivation. Les gens dédiés à une cause se battent.
Le web et la technologie n’ont pas amené ce besoin d’accomplissement et ce besoin d’appartenir à une cause, ils ont simplement rendu plus accessible la possibilité d’agir en temps qu’acteur de son environnement plutôt que simple spectateur.
Appliqué au monde corporatif, les entreprises montrant du succès sur le web sont bien sûr celles qui oui, offrent un service et des prix concurrentiels, mais qui avant tout véhiculent une idéologie particulière auprès de laquelle les gens (clients et employés) veulent et peuvent se rattacher.
Cette idéologie ensuite justifie l’utilisation de canaux et d’outils différents, puisqu’il faut rassembler les gens autour d’une philosophie et d’une vision commune. Facebook, blogues et autres ne sont pas des outils de développement des affaires. Par contre, les mêmes outils couplés à une idée, à une vision et à une volonté de voir et faire les choses différemment, c’est autre chose et c’est unique.
Pour quoi votre entreprise se bat-elle? Quelle différence cherche-t-elle à faire? Quelle est votre cause? Dans un univers Web basé sur la collaboration et la communication, répondre à ces questions est essentiel.
LE plus grand problème de l’époque
En 1676, le parlement Britanique déclarait la navigation comme étant LE plus grand problème scientifique de l’époque et offrait en 1714 une récompense monétaire substantielle à quiconque trouverait une solution à la mesure de la longitude.
On ne peut plus faire ça, il y a une infinité de problèmes importants et qui méritent d’être résolus. Une infinité de problèmes puisque notre connaissance scientifique nous amène à réaliser qu’on connait bien peu de choses. Une infinité de problèmes qui sont importants puisqu’ils touchent des petits groupes de gens ici et là. Pour certains, trouver une façon de guérir tout cancer est LE problème, pour d’autres c’est l’alcool au volant chez les jeunes puisqu’ils ont perdu un enfant.
On ne peut plus attribuer une récompense à un instant donné et à UNE personne non plus, les problèmes sont maintenant résolus sur plusieurs années et par plusieurs petits groupes de gens qui travaillent parfois en collaboration.
Le fait que la notion de problème important est…
- Personnelle
- Distribuée au sein de petits groupes de gens
… Ramène l’idée proposée d’une plateforme dans laquelle le gouvernement investit pour des projets (à la Kickstarter), menés par de petits groupes de personnes motivées et qui ont l’intention de changer les choses.
On ne peut pas déclarer UN problème, mais on peut laisser les gens déclarer LES problèmes et les aider à les résoudre…
Sensibilisation et SAAQ : l’opportunité d’un gouvernement qui réalise ses limites
Lorsque je vois un projet gouvernemental de sensibilisation, comme la dernière publicité de la SAAQ, je ne peux m’empêcher de penser à l’initiative Cool Taxi lancée il y a quelques mois. Une initiative mise en place en moins de 6 mois par trois pères de famille, avec peu de budgets et avec un impact direct sur le terrain, instantanément.
Il faut comprendre que je n’ai rien contre la publicité réalisée par la SAAQ et l’effort de la pousser sur des canaux dans lesquels les jeunes se trouvent…C’est simplement qu’à coût égal, il y a des opportunités pour changer les choses, sur le terrain.
L’opportunité d’un gouvernement moderne est la suivante : mettre en place une plateforme semblable à Kickstarter (ou s’y greffer?) et laisser la communauté y proposer des projets qui changent les choses. Les gens en financent une partie et le gouvernement peut par exemple, pour les projets choisis, doubler ou tripler le montant financé initialement.
Rien n’empêche les jeunes eux-mêmes de s’investir dans des projets qui changent leur propre petit monde. Là on les rejoint. Ensuite, rien n’empêche non plus des petits groupes de gens, comme les parents derrière Cool Taxi, à obtenir de l’argent pour financer leurs projets qui font une réelle différence.
Cela implique au gouvernement de reconnaître ses limites : une infrastructure gouvernementale fait en sorte qu’il est pratiquement impossible de mettre en place sur le terrain plusieurs petits projets, et ce, à faible coût. C’est pour cette raison qu’on se retrouve avec des campagnes de sensibilisation à répétition. Je suis assez sûr qu’avec le coût de la dernière campagne, une plateforme à la Kickstarter pourrait être développée.
Nous en somme rendu là puisque non, ce n’est pas en mettant des mesures comme des interdictions de conduire à des jeunes en bas d’un certain âge ou en investissant des millions en publicité qu’on règle des problèmes de société. L’opportunité est là.
Fini la carotte
Il y a un défi considérable en ce moment au niveau de l’emploi et des attentes des plus jeunes générations face aux emplois qu’ils occupent ou occuperont. On observe entre autres un problème flagrant quant à la rétention de la main d’oeuvre et l’acquisition de nouveaux talents.
Analyse simpliste et trop sommaire, probablement, mais l’entreprise moyenne souffre du syndrome de la carotte.
Historiquement, au coeur de la révolution industrielle, la relation employeur/employé était plutôt minimaliste: vous étiez considéré comme chanceux d’avoir accès à un emploi, le quotidien était une répétition machinale de tâches, de bons coups était ce qui était attendu et de mauvais coups menaient à votre remplacement. Un système basé en quelque sorte sur la peur et sur le modèle récompense / punition.
C’est le modèle de la carotte : une qualité de travail est attendue en fonction de la promesse hypothétique d’une récompense.
Qu’on le veuille ou non, le modèle du travail de bureau est inspiré de la révolution industrielle. Des bonus à la performance, une hiérarchie à plusieurs niveaux, la réprimande pour un mauvais coup, la corde raide de l’emploi Vs. plus d’emploi, etc.
Ce modèle malheureusement ne fonctionne plus et pour une raison très simple:
Plus personne n’a besoin d’une permission pour lancer une initiative et l’accès rapide à la rétroaction limite la sensation d’échec pour plutôt laisser place à un processus d’amélioration continue. L’initiative est aussi très rarement motivée par une « carotte » (récompense) à court terme, mais plutôt par une croyance beaucoup plus grande, par un besoin d’accomplissement.
Il est important de comprendre l’impact qu’a eu le web sur l’initiative, l’échec et le besoin de « demander une permission » ou encore « d’avoir sa chance ». Démarrer une nouvelle application? L’espace est libre. Démarrer un blog? L’espace est libre. Produire des films amateurs et les mettre en ligne? L’espace est libre.
Aucun frein à l’initiative, l’accès à un bassin d’utilisateurs qui trouveront très certainement ce que vous faites intéressant et dans le pire des cas, l’accès à de la rétroaction très rapide pour corriger les faux pas.
L’environnement de bureau ou de travail classique est tout le contraire:
- Besoin d’approbation
- Besoin de permission
- Attente sournoise que les autres subiront l’échec
- Une bonne action = une carotte
C’est simpliste, mais comprendre l’impact du web sur les attentes des plus jeunes générations et de leurs attitudes face au travail est essentiel dans une optique de rétention et d’acquisition de talents. L’initiative, l’absence de barrières dans un monde virtuel et une vision complètement différente de l’échec sont à la base de cet impact.
Entreprise organique ou comment ne pas perdre l’équilibre
Le concept d’entreprise organique en est un qui me fascine beaucoup. Un concept qui s’insère très mal dans le contexte de l’entreprise moyenne actuelle puisqu’il challenge beaucoup de concepts sur lesquels elles sont construites : hiérarchie, structure décisionnelle lourde, silos d’information, travail de bureau machinal, etc.
Le concept demeure un peu flou par contre j’en conviens, alors imaginons la scène suivante : une journée d’hiver vous sortez dehors et glissez sur une plaque de glace.
Pendant un bref instant où il y déséquilibre, de façon presque irréelle, le corps est en mesure de réagir: d’envoyer au cerveau un flux d’information sur la situation et ce dernier peut coordonner un envoi d’influx nerveux aux muscles pour stabiliser la situation. Le tout en une fraction de seconde.
Le corps ne peut se permettre un processus décisionnel lourd dans de telles situations, sinon il est vrai que ce processus deviendrait douloureux. La nature a fait en sorte que dans un monde rempli d’embûches et de dangers, le corps est en mesure de réagir rapidement.
En entreprise, terminé le temps où la compétition était absente, elle est mondiale et partout quelqu’un peut offrir le même produit ou service à la moitié du prix. Terminé le temps où une publicité à la télévision était garante d’une augmentation des ventes. Terminé le temps où l’expérience négative d’achat d’un consommateur ne pouvait rejoindre que 5 ou 10 personnes, cette expérience a maintenant une portée potentiellement mondiale. Terminé le temps ou…etc.
L’entreprise organique c’est ça. Dans un monde dans lequel il est de plus en plus difficile et impossible de prendre des choses pour acquises (prenons l’exemple d’une récente élection…), l’entreprise a besoin d’alléger son processus décisionnel, de donner une marge de manoeuvre plus grande aux divers intervenants, d’automatiser ce qui peut l’être pour diminuer le temps de réaction, de mettre l’emphase sur les emplois créatifs plutôt que les machinaux, de se doter d’un système nerveux (gestion des idées, des connaissances, de l’innovation, etc.) pouvant collecter le plus d’information possible de façon intelligente afin de prendre des décisions éclairées, etc.
Tout est une question d’équilibre. C’est naturel.
Démocratisation de la technologie et des communications
Nous assistons depuis quelques années (avec le Web entre autres) à une certaine forme de démocratisation de la technologie et des communications: de plus en plus, l’accès à des plateformes ou appareils technologiques puissants (téléphones intelligents par exemple) et à des moyens de communication particulièrement efficaces (vidéos, blogs, médias sociaux, etc.) est possible pour tous et à un coût relativement faible.
Cela chamboule bien sûr nos habitudes de vie et de travail à tout et chacun et de ce fait, il y a quelques façons de réagir:
- Restreindre et contrôler;
- Ridiculiser;
- Éviter;
- Comprendre et utiliser.
À mon plus ou moins grand étonnement, nous avons tendance à réagir selon les trois premiers points: nous cherchons par exemple à restreindre l’utilisation des nouveaux modes de communication à l’école et au travail ou encore nous ridiculisons la nature et le niveau de profondeur des communications sur les réseaux sociaux.
De façon sommaire, on se donne beaucoup de raisons d’éviter.
Malheureusement ou heureusement, le seul moyen d’aborder ces changements et de les intégrer, que ce soit à l’école, au travail ou dans notre vie de tous les jours, c’est d’en comprendre l’essence.
C’est en effet cette compréhension qui permet de passer à l’étape suivante, soit d’intégrer et d’utiliser la technologie dans nos environnements sociaux plutôt que de la repousser, la ridiculiser ou la contrôler.
Et puisque ce n’est plus un secret pour personne que le tout est en train de se passer devant nos yeux, c’est dans notre intérêt collectif de débuter maintenant…
L’initiative « cool taxi » et livrer des résultats
D’ici Noël, chaque région du Québec aura accès au concept « cool taxi », soit des coupons permettant un raccompagnent gratuit avec toutes les compagnies de taxi.
Le concept a été mis en place par les pères de Justine Rozon, Claudia Di Iorio et Évelyne Méthot, qui militent contre l’alcool au volant chez les jeunes depuis que leurs trois filles de 16 ans ont subi de graves blessures dans un accident de voiture, dans la nuit du 24 juillet, à Ville-Mont-Royal.
Bien que je ne sois pas un grand fan du nom « cool taxi » (pourquoi doit-on toujours mettre « cool » dans le nom lorsqu’on s’adresse aux jeunes?), c’est une des initiatives contre l’alcool au volant les plus concrète des dernières années et qui ne repose pas sur une simple campagne publicitaire pour sensibiliser les jeunes.
Il y a plusieurs aspects fort intéressants liés à cette campagne:
- On est passé du stade « idée » à « concept réel » en moins de 6 mois;
- On utilise les modes de transport déjà en place plutôt que de tout réinventer;
- Le gouvernement n’est pas derrière l’initiative;
- L’idée provient d’un citoyen qui a envoyé un courriel aux trois pères.
Ce que cela nous dit, c’est qu’il y a des gens prêts à se battre pour une cause, prêts à livrer rapidement des résultats concrets et que les bonnes idées peuvent provenir de partout.
Ainsi, de façon plus générale, plutôt que d’investir des centaines de millions de dollars en publicité pour sensibiliser la population à certains problèmes de société, pourquoi ne pas:
- Faire appel aux personnes motivées à vraiment faire bouger les choses;
- Subventionner ces regroupements et leurs projets;
- Livrer des projets concrets;
- Rinse & Repeat.
Tout ça existe déjà un peu, mais on parle ici d’aider le plus de petits groupes possibles à mettre sur pied un projet concret et de voir ceux qui arrivent à sortir du lot et vraiment livrer.
C’est un peu le concept des incubateurs et des startups, mais appliqué différemment et avec un objectif social plutôt qu’un objectif de rentabilité.
Influence, influenceurs et faire bouger les gens
On a beaucoup parlé d’influence cette semaine. Jamais une liste des 100 plus influents dans le domaine du web au Québec n’aura fait autant jaser.
On pourrait s’attarder à la pertinence d’un tel classement, les métriques mesurées et si cela représente un réel indicateur d’influence, mais ce n’est pas l’objectif.
Faisant abstraction de cette liste, il est pertinent d’observer ce qu’est un influenceur.
Les vrais influenceurs font bouger les gens. Vraiment bouger. Physiquement.
Non seulement ils font bouger les gens, mais ils les réunissent, les rassemblent. Ce sont eux que les marques et entreprises veulent rejoindre, puisqu’ils ont le pouvoir de créer des occasions de rassemblement.
D’ailleurs, on peut retrouver cette influence à plus petite échelle: au sein d’une entreprise, d’une équipe, d’un groupe d’amis, etc.
Qu’une personne ait un réseau de 50 ou 50 000 personnes (sur twitter par exemple) ou qu’elle fasse partie d’une petite équipe de 6 personnes, c’est l’aptitude à dynamiser ce réseau qui fait de cette personne un influenceur.
La taille du réseau, c’est un bonus, l’aptitude demeure.
Société, portails d’information et campagnes publicitaires
Pour adresser un problème de société à l’aide du Web, nous prenons habituellement deux tangentes :
- Créer un portail d’information regroupant toute l’information pertinente sur le sujet;
- Mettre en place une campagne publicitaire pour sensibiliser la population et à la limite, promouvoir ledit portail.
À titre d’exemple, cela fait des années que l’on prédit une pénurie de main-d’oeuvre dans le domaine des TI au Québec (chose qui n’augure rien de bon pour le développement technologique de la province). Que fait-on pour promouvoir et valoriser les métiers en technologie au Québec? Des campagnes publicitaires, des sites Web, des portails d’information, des listes impressionnantes de métiers d’avenir, etc.
Malheureusement, on voit peu d’interventions (et d’investissements) dans les écoles et auprès des jeunes directement pour les accompagner dans leur cheminement vers un métier en informatique.
On aime créer ces portails et ces campagnes publicitaires pour la simple et bonne raison que cela nous libère de la responsabilité de régler la source du problème.
Autant que je crois en la force du Web comme vecteur de communication, arrêtons d’investir dans ces portails, ils ne soulèveront jamais une génération : une intervention humaine et personnalisée est requise. Malheureusement, c’est la partie difficile.
Ainsi, un problème de société complexe mérite une solution basée sur la participation de la société dans son ensemble, pas sur un portail d’information.
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